Il existe aujourd’hui un malaise profond qui s’abat sur les étudiants en médecine, sur leurs études, sur leur avenir en tant que futurs médecins. Ce malaise s’explique par les problèmes de démographie médicale, dont les solutions, proposées depuis longtemps, ne sont appliquées pour certaines que depuis peu, et qui pour d’autres ne le sont pas encore ; et par l’enchaînement de réformes, voulues trop tôt et souffrant de ce fait de prématurité et d’insuffisances multiples.

Aujourd’hui, la démographie médicale est de 338 médecins pour 100 000 habitants. On ne retrouvera cette densité en 2020 que si le numerus clausus était fixé aujourd’hui à 7500. Actuellement, il est à 5600… On peut d’ores et déjà affirmer que la qualité de vie des futurs médecins est très loin d’être acquise, l’assurance de la permanence des soins risquant fort d’entrer en conflit avec un besoin de vie sociale, de vie familiale, de loisirs, valeurs chères à notre société actuelle. L’augmentation du numerus clausus, nécessaire et souhaitée, est pourtant appliquée, mais elle demeure insuffisante ; elle n’est jamais accompagnée des moyens qui permettraient aux facultés de suivre cette augmentation. Les facultés et les CHU n’ont plus les capacités d’accueil nécessaires à une bonne qualité de formation des futurs médecins, ni les enseignants en nombre suffisant.

Le futur médecin, qui sait déjà qu’il aura à vivre une vie de sacrifices, a pourtant fort à faire rien qu’avec ses études. Plus longues et plus denses qu’auparavant avec l’augmentation des connaissances, elles sont de plus devenues totalement désorganisées.

Les étudiants de sixième année, les médecins de demain (ils seront internes en novembre 2004) subissent depuis trois ans une réforme de la pédagogie du deuxième cycle, qui s’est révélée catastrophique dans certaines facultés. En juin 2004, ces mêmes étudiants vont avoir à passer un examen… dont ils ne savent rien !!! En effet, l’examen national classant (ENC), remplaçant le sacro-saint concours de l’internat, promis par le gouvernement avec la signature d’un protocole d’accord en novembre 2002, n’a toujours pas vu le décret le régissant paraître au Journal Officiel, et ce seulement sept mois avant sa tenue !

Les étudiants de sixième année font donc les frais aujourd’hui d’innovations à la mise en place hasardeuse, précipitée et parfois irréfléchie. Devant l’indifférence à ce malaise, et les nombreuses interrogations suscitées par l’inertie et les tergiversations administratives, certains étudiants de cette promotion " sacrifiée " ont décidé de saboter leur année. C’est inacceptable, et les étudiants risquent aujourd’hui de sortir du coma dans lequel on veut les plonger. L’ANEMF se fait donc le relais de ces étudiants pour exprimer leurs angoisses et leurs attentes.

Le pays qui connaît le meilleur système de Santé du monde, et reconnu pour l’excellence de sa médecine, est-il en train de former des médecins mal dans leur peau, avec le risque de voir leur exercice en subir les conséquences ? Nous ne le souhaitons pas, mais aujourd’hui, on ne peut que constater que rien n’est fait pour enrayer cette sombre perspective.