Bien que l’actualité du monde de la médecine et de la santé publique soit riche en ce moment avec l’annonce du troisième plan cancer (cf. Sauv’Garde 4), la décision de justice au sujet du cas de Vincent Humbert ou encore les soubresauts qui agitent l’hôpital Cochin à Paris où une patiente a été découverte 3 heures après son décès dans les couloirs des urgences alors qu’elle venait pour une plaie au pied, cet article n’a pas pour but de développer un thème en particulier.
En effet, c’est même totalement l’inverse : voici une revue des brèves du monde de la santé, toutes aussi courtes qu’intéressantes.

Viaskin Peanut

En France, DBV Technologies, société de biotechnologie, a mis au point un patch pour lutter contre l’allergie aux arachides. Si vous doutez de l’utilité d’un tel procédé, notez pour mémoire qu’il y a aux Etats-Unis de 100 à 150 décès par an dus principalement à des chocs anaphylactiques (réaction allergique gravissime entrainant la mort en l’absence de soins d’urgence) provoqués par l’allergie aux cacahuètes. Cette invention, dénommée Viaskin Peanut, fonctionne selon un principe relativement simple : elle libère en permanence une faible dose de l’allergène, molécule responsable de l’allergie, au niveau de la peau et non de la circulation sanguine. Cette exposition permanente réduirait donc le risque de réaction allergique grave en cas d’exposition accidentelle aux cacahuètes. Un essai clinique est actuellement en cours dans cinq pays différents (Canada, France, Etats-Unis, Pologne, Pays-Bas) pour évaluer l’efficacité, la tolérance et l’innocuité de ce patch sur le long terme. Si les résultats sont concluants, une commercialisation courant 2017-2018 est prévue.

Motilium, mon ami

Il y a peu, la revue Prescrire a publié une liste d’une soixantaine de médicaments à éviter, médicaments caractérisés selon elle par une balance bénéfice/risque défavorable. Parmi se trouve le Motilium, dont la molécule active est la dompéridone. Ce médicament, largement utilisé pour soulager les nausées et les vomissements aussi bien chez l’enfant et l’adulte que la personne âgée, semblait aux yeux de la population générale sinon efficace du moins inoffensif.
Alors, pourquoi cette accusation ? Tout d’abord en raison de la molécule active, la dompéridone. Cette molécule est de la même famille que la rispéridone, qui est un neuroleptique bien connu. En tant que neuroleptique, la dompéridone a donc un effet sur le rythme cardiaque et c’est cet effet là qui est pointé du doigt par la revue Prescrire. Le résumé des caractéristiques produit (RCP) disponible sur le site de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) donne l’information suivante :
« Des études épidémiologiques ont mis en évidence que l’utilisation de la dompéridone peut être associée à une augmentation du risque d’arythmies ventriculaires graves ou de mort subite. Le risque peut être plus élevé chez les patients âgés de plus de 60 ans ou chez ceux traités par des doses quotidiennes supérieures à 30 mg. La dompéridone doit être utilisée à la dose efficace la plus faible chez l’adulte et l’enfant. »
Enfin, et ce qui est sans doute le plus alarmant, ce sont les chiffres dévoilés par Prescrire : selon elle, près de 3 000 000 de personnes consommeraient par an du Motilium. La prise en compte des effets cardiaques de la dompéridone avait entrainé l’interdiction de la commercialisation de formes injectables, la consommation est donc exclusivement celle des formes orales. L’incidence des morts subites d’origine cardiaque augmenterait d’un facteur de 1,6 à 3,7 à cause de cette molécule, ce qui représenterait au total entre 25 et 120 morts subites par an. Ce qui amène Prescrire à conclure qu’ « il n’y a aucune raison d’utiliser la dompéridone, ni de la prendre en charge par une assurance-maladie, ni de la laisser sur le marché ». Prochaine étape : l’avis, en mars 2014, de la commission pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence Européenne du Médicament sur l’utilisation du dompéridone.

Addiction au bronzage

Aux Etats-Unis, les professeurs Lisham Ashrafioun de l’université de l’Ohio et Erin Bonar de l’université du Michigan ont menée une étude auprès de 500 étudiants allant régulièrement s’exposer aux UV pour parfaire leur bronzage. En se basant sur les critères définis dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, ouvrage de référence pour la pratique de la psychiatrie), ils en ont conclu que 31% de ces 500 étudiants étaient pathologiquement dépendants au bronzage artificiel. Cette addiction pathologique, à l’heure actuelle non reconnue comme maladie à part entière, serait à mettre en relation chez ces étudiants avec d’autres troubles mentaux comme les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) et la dysmorphophobie (phobie d’être laid).

Mediator, le mot de la CNAM

Vous n’êtes pas sans connaître l’affaire du Mediator, cet anti-diabétique retiré du marché en 2009 à cause des risques cardiaques de valvulopathies qui auraient causé depuis le début de sa commercialisation en 1976 de 1300 à 1800 morts en France. Non que ce médicament soit beaucoup plus dangereux qu’un autre, c’est surtout sa prescription hors indication en tant que coupe-faim et non qu’anti-diabétique qui a été pointée du doigt. La CNAM (Caisse Nationale de l’Assurance Maladie) a ce 21 février publié des chiffres montrant qu’entre 2008 et 2010, 80% des prescriptions de Mediator n’étaient pas associées à la prescription d’autres anti-diabétiques, ce qui indique selon la CNAM deux choses
Soit ces personnes ont consommé le Mediator en association avec des mesures diététiques rendant inutiles l’utilisation d’autres médicaments contre le diabète.
Soit ces personnes ont consommé le Mediator hors-indication en tant que coupe-faim.
Plusieurs voix se sont élevées, pointant le fait que la CNAM, au courant de ces résultats, n’est pas pour autant intervenue plus tôt pour dénoncer les méfaits de ce genre de consommation. Affaire à suivre, puisque le procès autour du Mediator, impliquant laboratoire pharmaceutique, médecins et patients a été repoussé à 2014.

Une nouvelle technologie pour évaluer la douleur

A Marseille, la société IDMed a conçu un appareil à destination des anesthésistes et des réanimateurs.
Son nom ? Un pupillomètre.
Le principe ? Il s’agit d’un appareil qui mesure de manière dynamique la dilatation de la pupille grâce à une caméra infrarouge. La mesure s’effectue donc dans le noir et donne des résultats similaires à ceux de l’échelle numérique simple. Il fonctionne uniquement sur des patients inconscients ou anesthésiés, le stress d’une personne réveillée donnant des résultats erronés. Cet outil permet donc d’ajuster les doses d’antalgiques administrés aux patients lors des soins.