Vingt et Unième jeudi de l’Ordre : l’avenir de la chirurgie

Présidé par le Dr Michel DUCLOUX (Président de l’Ordre National des Médecins)

Etaient présents :
Dr François AUBART

Président de la Coordination médicale hospitalière (CMH)
 
M Joël BOUFFIES
Délégué Général Adjoint, Chargé du Pôle offres de soins de la Fédération Hospitalière de France (FHF)
 
Dr Philippe CUQ
Coordonnateur du Collectif des chirurgiens de France
 
Pr. Jacques DOMERGUE
Député de l’Hérault, auteur du rapport sur la chirurgie française en 2003, Président du Haut Comité pour la chirurgie
 
M Pierre FLORIN
Représentant le Groupement Temporaire d’Assurances Médicales (GTAM)
 
Pr. Henri OUIDICELLI
Chirurgien, auteur du rapport sur la chirurgie française en 2003
 
Pr. Bernard LAUNOIS
Académie de Médecine, branche chirurgie
 
Pr. Yves LOGEAIS
Membre titulaire de l’Académie de Médecine
 
Pr. Michel MALAFOSSE
Président de l’Académie Nationale de Chirurgie
 
Dr André NAZAC
Président de l’Inter Syndicat National des Chefs de Cliniques Assistants (ISNCCA)

Le débat est ouvert par le Docteur Michel DUCLOUX et animé par Philippe LEFAIT
(…)
Dr Philippe CUQ (Coordonnateur du Collectif des chirurgiens de France) se pose la question du non intérêt des jeunes pour la chirurgie. Le problème vient selon lui du fait que les chirurgiens du public ont le même statut que les médecins, et que dans le privé, leur rémunération est faible, et les primes d’assurances élevées.
Actuellement, les jeunes choisissent une discipline avec moins de gardes, plutôt que le métier de chirurgien qui n’est pas un métier sans risque (risque de piqûres…). La rémunération d’un chirurgien est loin de la rémunération d’autres spécialiste. La cotation KCC n’avait pas été réévaluée depuis 14 ans.
De plus, les chirurgiens doivent être représentés par les chirurgiens. Il y a un problème de représentation des chirurgiens.
 
Pr. Jacques DOMERGUE (Député de l’Hérault, auteur du rapport sur la chirurgie française en 2003, Président du Haut Comité pour la chirurgie), donne des chiffres concret sur la rémunération des chirurgiens. En effet, un chirurgien conventionné secteur 1 touche environ 69000€ par an, un chirurgien conventionné secteur 2 touche quant à lui 12000€. Cependant, ceci correspond à un nombre d’heures allant de 70 à 80 heures par semaine. Ceci correspond à peu près à 25 € de l’heure.
Le Professeur Jacques DOMERGUE annonce que plus de postes de chirurgie ont été ouvert cette année aux Epreuves Classantes Nationales. Ainsi, les internes ont le choix de faire de la chirurgie, et l’augmentation du nombre de poste correspond à une réalité de Santé Publique.
Le Professeur Jacques DOMERGUE pose l’intérêt de la filialisation dans les disciplines comme la chirurgie.
 
Dr André NAZAC (Président de l’Inter Syndicat National des Chefs de Cliniques Assistants (ISNCCA)) montre l’intérêt d’un état des lieux. En effet, les étudiants ne connaissent pas les mots RCP (Responsabilité Civile et Professionnelle) et KCC. Pour lui, la revalorisation du KCC ne résout pas le problème de l’attractivité, il faut une réforme de l’enseignement. La chirurgie est un métier pénible, il faut donc réorganisé les plateaux techniques, revaloriser la profession, reconnaître la compétence de chirurgiens et casser le statut unique hospitalier.
L’été fut discordant pour les Chef de Cliniques Assistants, en effet, les réponses en terme de salaire et de rémunération ne résolvent en rien le fond du problème.
 
Pr. Henri OUIDICELLI (Chirurgien, auteur du rapport sur la chirurgie française en 2003), pose le problème d’une crise identitaire de la chirurgie. En effet, le problème de la revalorisation et de la RCP a été résolu, cependant, le problème est plus profond. Cependant, l’ordonnance du 11 décembre 1958 [qui créée les centres hospitalo-universitaire] contient toute la réglementation. Il est évoqué la possibilité du décloisonnement entre privé et publique, entre monde universitaire et non universitaire. Il faut revoir fondamentalement le système de Santé, et le système chirurgical.
 
Pr. Michel MALAFOSSE (Président de l’Académie Nationale de Chirurgie) pense que beaucoup de choses doivent être prise en compte pour revaloriser le métier dans l’esprit des étudiants. Pourquoi l’intérêt pour la chirurgie est faible, alors que les techniques devraient attirés les jeunes ? Il faut que les chirurgiens arrêtent de décrier leur profession. Les professeurs des Universités doivent attirer les étudiants vers la chirurgie. Moins les chirurgiens montreront l’intérêt aux étudiants, moins ils auront d’étudiants. Le Professeur MALAFOSSE prend l’exemple de la Pitié Salpêtrière, où le doyen a mis en place un tutorat de prise en main, dans le but de conseiller les étudiants lors de leurs stages. Il faut consulter les collèges de chirurgie qui devraient avoir une part importante dans la réforme.
 
Pr. Yves LOGEAIS (Membre titulaire de l’Académie de Médecine) explique que sa réflexion est fondée sur les années antérieures. Il prend en effet l’exemple de 1981, où le redécoupage du CNU (Conseil National des Universités) a entraîné le saupoudrage des chirurgiens dans les disciplines médicales sœurs. La chirurgie est un métier où les contraintes sont fortes, et où la chefferie de service a perdu de sa notoriété : division des services en départements, regroupements en pôles… Maintenant, il y a beaucoup plus de directions, quelle soit horizontale ou transversale, beaucoup plus de réunion administrative qui grignote le temps médical.
Les cadres infirmiers sont rattachés aux services administratifs, et pour couronner l’ensemble, le vieillissement de la population, et l’augmentation des techniques induisent des problèmes économiques, ponctués par une judiciarisation accrue.
A travers toutes ces étapes, il y a diminution de la notoriété, du pouvoir de la chefferie de service.
Au départ, la chirurgie doit être un travail passionné, passionnant, les contraintes étaient lourdes mais en générales bien vécues. Pourquoi les professeurs agréger refusent-ils maintenant de prendre un poste de chef ?
Il y a une démotivation globale allant des étudiants aux PH en passant par les internes et les chefs. La médecine ne fait plus rêver et le nouvel examen national classant montre que les mieux classés ne choisissent pas chirurgie.
 
Dr François AUBART (Président de la Coordination Médicale Hospitalière (CMH)) expose trois paradoxe : la chirurgie est indivisible, alors que les professions sont éclatées ; la rémunération est opposée à la passion ; la vie sans contrainte, sauf pour les chirurgiens.
Il faut cependant travailler avec le paradoxe, face à cette situation de crise globale du public comme du privé. Le problème de démographie doit se transporter sur 10 à 15 ans (le temps qu’il faut à un futur chirurgien pour se former). Il y a un problème de démographie, cependant, aujourd’hui, nous ne manquons pas de chirurgiens pour les gardes. Il faut un statut de tous les professionnels, cependant, les compétences doivent être évaluées, des engagements doivent être pris sous forme de contrats, et l’activité qualité doit représentée une part variable. Les chirurgiens doivent actuellement trouvés la nécessaire connaissances au travers de la formation.
Globalement, depuis plusieurs années, le nombre d’internes e chirurgie ne cesse de diminuer (sauf cette année). Les internes sont marginalisés, il doit être effectués de profonds changements en terme de formation, en termes d’organisation territoriales (frontières publiques et privés). L’hôpital est un lieu de formation et d’excellence ou il y a nécessité de reconnaissance et de rémunération.
 
M Pierre FLORIN (Représentant le Groupement Temporaire d’Assurances Médicales (GTAM)) explique que les assurances sont un point important, alors que la nature et les coûts ont été valorisés. Aujourd’hui les actions judiciaires sont un fardeau administratif, et le chirurgien voit diminué ses heures de soins. La chirurgie est et reste un métier pénible.
 
Pr. Bernard LAUNOIS (Académie de Médecine, branche chirurgie) parle du contrat hospitalo-universitaire et de la qualité de la chirurgie française qui une des meilleures, si ce n’est la meilleure. La France présente une chirurgie d’excellence. Actuellement, les jeunes s’orientent vers des filières et des disciplines moins pénibles. L’organisation hospitalière importante doit être remise en place. Il faut garder le secteur privé à l’Intérieur du secteur hospitalier.
 
La question de la sélection à l’entrée des études de médecines. Il a été proposé de revoir la sélection et de créer une branche chirurgie au sein du concours de première année.
 
Il faut enfin connaître les attributions, les qualités, et les capacités pour être chirurgien.
 
La séance est clôturée par le Docteur Michel DUCLOUX